Hélène Harbec et la magie des petits riens

Lettre vagabonde – 11 février 2026

J’aurai cent ans offre une poésie axée sur le vivant, sur ce qui vibre et fait vibrer en dedans. Chez Hélène Harbec la curiosité est chaleureuse, l’œil clairvoyant. Elle accorde son pouls au rythme du monde sensible. « Sans empressement / je pars retrouver / les arbres / les oiseaux / le fleuve et le ciel / qui n’ont rien / à redire // et font de moi / une vivante. » Il y a fusion entre la poète et les objets, oiseaux, éléments et paysages. De leur existence commune, se dégage la matière fondamentale de son écriture.

Hélène Harbec est sans conteste l’écrivaine de l’ici et maintenant. Accueillir chaque instant telle une présence enveloppante au frémissement des choses. Boris Pasternak écrit, « le temps et le lieu sont des choses vivantes, des pans vivants de notre destin. » La poète en extrait la quintessence. « La bouilloire / ouvre le bec / annonce l’eau bouillante / de la tisane // le soleil / se faufile /touche ma main / chaque fois qu’elle porte / la tasse à ma bouche. » La relation qu’entretient l’autrice avec les petits riens la rassure dans sa fragilité, crée l’enchantement, l’augmente. « Ces choses dans l’armoire / muettes et patientes / attendent d’offrir / une soupe, des fleurs, un café. » Que de tendre complicité! « douce intimité / que la respiration / du vent / dans le cou. »

J’aurai cent ans aborde les thèmes du vieillissement, de la fragilité du corps, de la mort. Hélène Harbec s’interroge sur la finalité de l’existence, sur sa propre disparition. Et si on n’a « jamais fini de naître / est-ce à dire / qu’on n’a « jamais fini / de mourir. »  Une réflexion pertinente qui me ramène au titre. Aucune certitude de vivre cent ans, mais peut-être quelque part quelqu’un dira « elle aurait cent ans aujourd’hui. » La mort véritable, le néant c’est peut-être d’être relégué à l’oubli dans les souvenirs des vivants. C’est peut-être la raison pour laquelle la poète accorde autant d’importance aux souvenirs. Elle écrit, « au-dedans de nous / seul lieu d’existence / du souvenir / là / où personne ne vient / là où pourtant / les présences / sont nombreuses. » La joie de vivre l’emporte malgré la santé vacillante, la vulnérabilité qu’apporte l’âge avancé. « Je ne m’habitue pas / d’être vivante / d’habiter un corps / ___ et j’y tiens. »

J’aurai cent ans explore la trajectoire d’une vie où l’amour, l’émerveillement, la beauté sont sans cesse renouvelés grâce au pouvoir de la poésie. Je souhaite à Hélène Harbec de vivre centenaire, le regard tendre et bienveillant, la plume sensible, l’âme réceptive. N’a-t-elle pas exprimé ailleurs cette passion d’écrire? « J’écris pour vivre, je fais vœux d’écrire et j’essaie de rester fidèle à ce que je suis. » Je fais mienne sa note d’espoir. « On n’a jamais fini / de commencer / à vivre. »

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