Monique Durand sur la route des destins

Lettre vagabonde – 12 mars 2017

Les chroniques de Monique Durand parues au journal le Devoir durant l’été, entre 2011-2016, m’ont portée à lire ses œuvres littéraires. Son dernier récit Saint-Laurent mon amour témoigne de son attachement au fleuve et d’une admiration sans borne pour le vaste territoire et ses habitants qu’elle côtoie. Les humeurs et le destin du fleuve se sont transmis à la population. Il a joué un rôle prédominant dans leur existence.

Monique Durand part à la découverte du Saint-Laurent en exploratrice et poète et nous le rend accessible. Elle arpente villes et villages à la rencontre des gens, de leur histoire, de leurs traits distinctifs. Elle inspire confiance, on l’accueille à la table des confidences. Les habitants et les autres qui s’y sont aventurés comme pêcheurs, explorateurs, missionnaires et aventuriers, revivent sous sa plume. On voudrait à notre tour parcourir le Kamouraska, la Côte-Nord, le Labrador, Terre-Neuve et enfin la Gaspésie son lieu de prédilection. Rarement j’ai ressenti la cartographie des lieux si étroitement associés à ses résidants.

Le vocabulaire teinté d’appartenance reflète le véritable visage de la topographie régionale. Il en vaut la peine de savourer les mots tels bouscueils, glaciels, cabourons, monadnock et rigolets comme de petits pains chauds. Ce sont autant d’authentiques tableaux qui se dessinent sous nos yeux et qui donnent nom à notre réalité et à l’émerveillement.

La force du récit tient dans la relation privilégiée et durable que l’écrivaine entretient avec le fleuve et ses fidèles alliés. « Je m’ennuie. Je m’ennuie du fleuve comme d’un être cher » écrit-elle. Elle explique : « Ma vie de travail et d’adulte consentante commençait là. Le fleuve s’était élargi en même temps que mon existence ». Ce cours d’eau s’avère indispensable. Il traverse notre destin et le moule en quelque sorte. C’est son coloris très personnel qui attire dès les premières pages. On se dit : « Tiens, je suis en pays attachant ». Un lieu qui correspond « à quelque chose de soi » écrit Monique qui présente le Saint-Laurent par sa porte ouverte sur le bout du monde qu’est la Gaspésie. C’est là qu’elle naîtra du fleuve, qu’il façonnera son état d’âme.

L’auteure explore de façon remarquable chaque élément qui constitue le territoire, en définit les habitants avec une fraîcheur et une empathie extraordinaires. Elle a l’art d’être intensément présente au monde et d’accorder à l’homme sa place dans ce monde. Nombreux sont ceux qui ont entretenu des liens avec le Saint-Laurent. « Chacun a quelque part dans le monde son lieu de prédilection, d’épousailles avec lui-même, de confidences faites au vent et à quelques disparus chers, de rencontres avec les multitudes qui l’ont précédé. Ce lieu-là, le mien se trouve en Gaspésie », nous confie Monique Durand.

Faites vos bagages, préparez-vous à entreprendre un « road trip » très particulier. Vous voyagerez en voiture ou en bateau mais vous aurez l’impression de vagabonder à pied. Vos nombreuses escales vous conduiront vers les embellies et les secrets de la nature et le naturel des habitants. Vous saisirez le « pesant d’humanité » des Autochtones, l’isolement des Blancs dans leurs villages sans accès routier. L’écrivaine a parcouru les chemins de traverse, le quotidien des gens avec son œil de curiosité, d’étonnement et de compassion. Son rôle de journaliste, poète et chercheure en font une guide fiable et passionnée. Qui sait, peut-être découvrirez-vous tout comme Monique Durand un lieu possédant les attributs de vos rêves. Un endroit où revenir, là où le bonheur s’est installé et vous attend.

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