Le nord, terreau d’écriture de Monique Durand

Lettre vagabonde – 21 janvier 2026

Faut-il avoir conservé de son enfance les joies des hivers de froidure pour les traquer à tout âge de la vie? Avec Nords, Monique Durand ne cesse d’agrandir le terreau où elle sème et récolte à tout vent l’amour des grands espaces de froidure. Elle part à la rencontre des êtres qui y ont pris racine. Nords s’inscrit dans une incessante quête de retrouvailles avec les froides contrées comme l’albatros qui rejoint son nid. Elle répond à l’appel des lieux comme si, en chacun, elle rentrait chez elle. Quand on interroge l’écrivaine voyageuse sur le pourquoi du nord, elle répond : « Pour ses déserts, de forêts, de mer, de neige, je crois avoir toujours recherché les déserts. Pour sa beauté et sa solitude du bout du monde. »

Elle nous entraîne en Islande, aux îles Féroé, en Estonie, en Sibérie. Son parcours rejoint nos nords, ceux d’ici qui nous ont façonnés. Les destinations sont nombreuses, la quête demeure la même. Les forêts d’épinettes, les champs de neige, les mers de solitude, les étendues de lumière entretiennent sa flamme. « Ce qui embellit nos déserts, c’est qu’ils cachent quelques fois des yeux aimants, des mains qui se prennent, parfois des lèvres. »

Monique Durand ne voyage pas seule. Au-delà de quarante artistes, écrivains l’accompagnent. Ils rajoutent leurs couleurs, dessinent un contour au paysage. On témoigne de son territoire comme Joséphine Bacon, « Le lichen me nourrit, la mousse soigne mes larmes. »  Et Gaston Miron, le « fou feu froid de la neige. » Les hommes et les femmes rencontrés en cours de route y vont de leurs misères et enchantements. « Le froid, les tempêtes, la neige nous ont aussi fait écrire. Sur tous les tons et dans tous les registres. »  Ce récit en est la preuve.

« Est-il possible se demande le reporter Ryszard Kapuściński de saisir le monde dans sa totalité? » Selon lui, la voie rêvée, c’est le fragment, aborder le tout par le détail. Le style décontracté et évocateur de Monique Durand suit la voie de la « poétique du fragment » que préconise Ryszard Kapuściński. » Nords de notre poète au « cœur de brousse », semble équipé d’une lampe d’Aladin. S’y frotter laisse la magie opérer. L’écriture déborde dans un mouvement de poésie, de beauté et d’audace. Le froid n’a pas que des adeptes, mais tous s’y reconnaîtront pourtant dans ce livre, car, « Le Nord est notre étendard, à la fois revendiqué et refusé. Nous en portons la grandeur et le déni, l’orgueil et le désaveu. Voulons-nous l’habiter ou le fuir? »

Je me suis réjouie enfant de faire mon nid dans la neige, m’approprier en souveraine les collines blanches, la froidure des grands vents, l’abri douillet des arbres. Je retrouve parmi les fragments l’âme de mon enfance, le terreau de mes rêves. Et cet espoir que quelque part au bout du monde, il existe une beauté impérissable. L’écrivaine voyageuse porte sûrement en son territoire intérieur l’espoir d’y parvenir. Vous avez raison Monique, « Nous sommes des enfants de paysages, sculptés par les ciels où nous infusons. »

 

 

 

5 commentaires

  1. Magnifique chronique, qui me fait sentir non pas le froid qui mord mais m’ébloui de la lumière bleue et blanche de l’hiver. On y ressent la richesse du silence nordique. Merci !

  2. Comme tu as bien su saisir l’essence de ce merveilleux livre de Monique Durand et si bien nous le transmettre! Comme toi, comme elle, j’aime le Nord, les Nords et ton texte, à l’instar de celui de Durand, en possède toute la poésie.

  3. Quelle belle chronique. D’une très grande sensibilité. On sent très bien que toi aussi le « lichen te nourrit » et que  » la mousse soigne tes larmes ». Merci pour ce si beau contact avec Monique Durand.

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