J’entends des voix … de grands écrivains

Lettre vagabonde – 27 décembre 2006

 

Bonjour Aurèle,

J’avais le goût de vous présenter une foule de monde, des êtres généreux qui vous supporteraient dans la grande traversée de l’année 2007. Des êtres qui vous accompagneraient comme du bonheur qu’on n’a pas besoin de courir après.

Lorsque j’ai lancé l’appel, une multitude s’est présentée. Des porteurs d’espoir, de réconfort, des passeurs de joie et de beauté, des distributeurs de projets pour vivre vieux, mieux et heureux. Des conteurs de passé côtoyaient les précurseurs d’un avenir incertain. Même quelques rêveurs offraient de nous révéler des parcelles de mystères sur leurs plateaux de poésie. Une invasion de bien intentionnés défilaient sous mes yeux tandis que je parcourais les rayons de ma bibliothèque.

Deux audacieux, parmi les auteurs très éclectiques se sont distingués et leurs voix s’élevaient au-dessus de la mêlée. À eux deux, Robert Lalonde et Pierre Sansot vous fourniront à petites doses, des citations de leur cru ou provenant d’auteurs de leur choix. Ils ont grappillé des mots qui sont de la vie de tous les jours. Robert Lalonde est une source inépuisable en ce domaine. Ce sont des mots pour assaisonner le menu du jour et rehausser le goût de la vie.

Commençons par des réflexions sur l’enfance. Robert Lalonde a emprunté celle-ci à Flannery O’Connor : « En réalité, quiconque survit à son enfance dispose d’une assez ample information sur la vie pour tout le reste de ses jours… »

Pierre Sansot ajoute avec l’aide de Bachelard : « L’enfance n’est pas le souvenir attendri de nos vertes années et l’oubli que nous sommes des adultes. Bien au contraire, « il faut avancer en âge pour conquérir la jeunesse » et plus tard, grâce à un imaginaire inventif, nous aurons l’enfance que nous méritons. »

Sous la plume de Lalonde, Danièle Sallenave vise notre destin : « Émancipez, libérez; donnez à chacun la possibilité de réaliser l’accomplissement pour lequel il est né; divertissez-le; vous ne l’aurez jamais achevé, ce travail d’humanisation de l’homme, tant que vous n’y aurez pas ajouté la dimension de la poésie, qui touche au mystère du monde. »

Sansot ne veut pas être en reste et relance : « J’estime que vivre constitue en ce qui me concerne une chance… la chance que j’ai d’être vivant, d’accéder chaque matin à la lumière et chaque soir aux ombres, que les choses n’aient pas perdu leur éclat naissant et que je perçoive aussitôt l’esquisse d’un sourire, le début d’une contrariété sur un visage, bref que le monde me parle. »

Robert réplique aussitôt : « Se savoir vivant, c’est se savoir, non pas protégé et spectateur, mais marchant, cherchant, fouillant, à la fois téméraire et incertain, inquiet, espérant, n’ayant qu’une semaine, qu’un jour pour voir, connaître, comprendre. Et tu fais ce que tu as à faire avec ta passion à toi, ta vision à toi, ta fragile (et puissante quand même) erre d’aller. » Pour poursuivre sa lancée sur le même sujet, Robert emprunte les paroles de Giono : « Je suis toujours aussi désespéré, mais je sais que très probablement, du haut de l’horizon, si je continue ma route avec constance, je verrai surgir des terres nouvelles et des terres où je veux aborder. Alors, je ne me fais plus beaucoup de mauvais sang, je continue. »

Sansot revient alors à la charge : « Je préfère m’en tenir à une leçon concernant l’homme dans sa totalité, c’est-à-dire un être capable aussi de vivre en retrait de son époque, susceptible de choisir le silence, le recueillement, même si, par ailleurs, il s’engage dans les acquis et les combats de son temps. »

Plus souvent qu’à son tour, Robert reprend la parole : « Nous sommes remués par dix passions à la fois. Nos instincts se réveillent au moindre coup de vent, des idées qui fulminent après nous avoir tant attendus, des désirs se faufilent le long de nos nerfs, tentent de déjouer l’ouvrage vigilant de la raison. Nous sommes transitoires, imparfaits et vibrants… Je suis de la même étoffe que mes rêves, je suis le réceptacle et l’inconcevable, je suis vivant. »

Pierre Sansot ne se laisse pas démonter : « Demain naîtra un autre jour. Demain je redeviendrai un voyant. J’approcherai mes mains des choses. Je ferai tourner la roue des saisons : printemps, été, automne, hiver, tout me sera bon. J’accompagnerai la lumière jusqu’à son déchirement… Demain, une nouvelle fois, je mesurerai ma chance d’être encore un vivant. »

Robert Lalonde court à la recherche du dernier mot, comme du premier et celui du milieu. Il réclame l’aide d’Annie Dillard, d’Emily Dickinson, de Marguerite Yourcenar et de Gabrielle Roy. Toutes ces voix sont des combustibles de vie.

J’aurais voulu citer encore mais sur d’autres sujets comme la marche, l’écriture et la lecture. Mais tout se confond car Pierre Sansot n’arrive plus à faire taire Robert Lalonde. Les deux parlent en même temps et m’ignorent complètement. Ils envahissent ma chronique. Je leur avais demandé des assaisonnements et voilà qu’ils m’ont offert des plats de résistance. Ce sont des voix fortes, profondes et bouillonnantes de propos généreux. Je m’incline devant elles. Tiens donc, Robert Lalonde insiste pour avoir le dernier mot. Il m’invite à conclure par une parole de Françoise Loranger : « À partir du moment où l’on cesse d’inventer le monde, être mort ou vivant, c’est presque la même chose… »

Même si j’ai placé Le monde sur le flanc de la truite et Le vacarmeur de Robert Lalonde au rez-de-chaussée et Le bon usage de la lenteur de Pierre Sansot au deuxième, j’entends des voix incessamment et la nuit comme le jour, les deux nourrissent mes rêves.

Bon appétit Aurèle. Avec Robert Lalonde et Pierre Sansot il y a de quoi se nourrir sur les trois cent soixante-cinq jours de 2007.

Très amicalement,

Alvina

 

 

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