Pierre Morency

Lettre vagabonde – 9 octobre 2002

Cher Urgel,

Quelle chance de se retrouver autour d’une table avec le poète et naturaliste Pierre Morency ! Ton témoignage l’a touché. S’il a jalonné ton histoire de ses mots, t’a parlé, t’a confié ses secrets, il a su aussi orienter tes rêves, polir ton regard et semer l’éblouissement dans tes yeux. Tu as su lui exprimer admiration et gratitude par ta parole de sensibilité et ton intelligente vision des choses. N’est-ce pas toi qui me le fit découvrir avec « L’Oeil américain »? Depuis, il a complété sa trilogie avec « Lumière des oiseaux » et « La Vie entière ». Je m’accorde avec toi pour affirmer que ce sont des livres à lire, à regarder et à goûter.

Pierre Morency transmet dans ses œuvres à la fois une mine d’observations et sa joie de vivre. L’auteur fait corps avec la nature, entreprend de poétiques envolées en côtoyant les oiseaux et voit on dirait, la fleur pousser. Il scrute, fouille, renifle, sent et captes-en la nature une raison d’être. L’observateur perspicace, attentif et patient nous révèle un univers de beauté et de bonheur. Il nous rend témoin et complice de ses découvertes et de son éblouissement. Tu exploreras encore et encore l’univers de Pierre Morency avec ces deux recueils : « Quand nous serons » et « Les paroles qui marchent dans la nuit ». J’ai particulièrement aimé la partie intitulée « Ce que dit Trom ». Que de sages réflexions sur le bonheur, le plaisir, le droit au temps, le temps d’être soi ! Tu connais mon faible pour les citations. Voici donc un extrait :

« La plus grande douleur humaine, ce n’est pas de mourir. C’est de n’avoir pas vécu la vie qui aurait dû être la sienne. Ce que tu ne fais pas à partir de ton propre fond, selon ton désir et ta mesure, est mort à jamais et d’une certaine manière t’annule. Ce que tu construis avec ton être à toi, cela te donne en quelque sorte la vie ».

Pierre Morency est un poète de la mouvance physique et spirituelle, un semeur de sagesse qui donne la parole même au silence en une langue sincère et cristalline. Il est porte-bonheur en écrin de poésie. Tu as raison de dire aux amis : « Faites-vous du bien, lisez Pierre Morency.

Écris vite pour me raconter ton retour chez toi. Habille-toi chaudement. Les Appalaches se piquent de lourds frissons.

Amitiés,

Alvina

1 commentaire

  1. C’est ta première vagabonde je crois et elle m’était adressée, un privilège qui remonte à près de 20 ans. Bravo pour cette longévité dans ce projet qui a évolué.
    Rencontrer Pierre Morency autour d’une tablée est aussi un privilège! Je retiens les mots suivants: ORIENTER ses rêves, POLIR son regard et SEMER l’éblouissement. Je me rappelle certains objets qu’il avait utilisés pour soutenir son exposé, une fenêtre ouverte sur la nature, un galet bien poli, et une plume d’oiseau entre autres, objets qu’il plaçait devant lui avant de faire sortir de l’encrier les mots qui me ravissaient. Suite à mon écoute radiophonique de L’œil Américain, un peu à la manière de Jacques Languirand et de Serge Bouchard, à la lecture de ses livres, j’ai aussi exploré l’île d’Orléans à plusieurs reprises, observé la chute des Laurentides dans le Saint-Laurent depuis la route du Mitan, adossé à un bouleau isolé qui a hélas perdu depuis sa majesté, traversé la Route des Prêtres, exploré les battures.
    Je n’hésiterais à reprendre la lecture de ses textes.

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