Lettre vagabonde – 12 décembre 2016

On dirait un journal écrit avec des nageoires de saumons, des plumes, piquées aux oiseaux, trempées dans un encrier de plasma, les peintures peaufinées avec des poils de bêtes. Un journal écrit à ciel ouvert, accoutré de l’humeur des saisons et celle de l’écrivain. L’œil du prédateur est le carnet bien rodé d’un guide de chasse, de pêche et de trappe. C’est aussi le journal d’un vacarmeur et d’un poète rebelle.

Le regard perçant, la parole percutante, le geste prime et alerte de Pierre D’Amours nous propulsent en pleine nature. Il nous pousse dans le dos, nous tire par devant comme une grande bourrasque qui ne laisse aucun répit au lecteur. Il nous livre aux forces inconnues de la nature, ratisse le territoire de son œil scrutateur et de sa foulée vive. D’emblée il impose son leitmotiv. « Sortir du sentier mille fois foulé, changer l’angle de vue. Il faut avoir faim, faim du corps et faim de l’esprit, soif de connaître et soif de défis. »

Le volume est un véritable livre d’artiste relevé de photos et de dessins et tableaux de Pierre D’Amours. Nous avons affaire à un écrivain multidisciplinaire et à un éditeur ayant le souci de la qualité. Cela donne un livre d’une grande facture artistique. Le volume est réparti en quatre mouvements harmonisés aux saisons, battant la mesure d’une nature à la fois sauvage et domptée.

Le talent du conteur impose l’écoute, suscite les débats, la contradiction, l’ébranlement des valeurs. Le conteur soulève aussi l’émotion intense face à la beauté, au mystère et à la poésie du territoire. Ça vit et ça vibre sous sa plume. Le croire ou non demeure le droit imprescriptible du lecteur. Pierre en convient. « En certaines occasions, il ne faut pas laisser la vérité briser une bonne histoire. »

En première partie on embarque dans le canot muni de sa ligne à pêche, ses mouches et une bonne dose d’espoir. Mieux vaut se méfier car les mouches du guide de pêche ne servent pas uniquement à capturer le saumon, elles servent aussi à capter les pensées du pêcheur qui ne se doute de rien. Le canot déborde d’histoires à le faire chavirer. Des textes élogieux peignent la magnificence de nos grands espaces et la liberté du temps lui-même. Le guide souligne l’apport autochtone à la géographie des lieux, à la fusion de nos coutumes fait de partage. Le saumon n’est pas toujours au rendez-vous. Qu’à cela ne tienne, la véritable prise du jour remontera le courant des rêves du pêcheur rassasié d’étonnement et de questionnements. Le guide assume. « Chaque homme que je guide détient un secret qu’il me fait toujours plaisir de lui ravir. » Il ajoute : « Mon canot est un confessionnal, une chaise longue de psychiatre. » Pour le néophyte les bribes d’histoire de la région, les descriptions du paysage et les échanges verbaux compensent pour les explications répétitives sur les mouches, les lancers et les prises.

De la rivière Matapédia, à l’Île d’Anticosti, à la forêt de la Gaspésie, L’œil du prédateur est parsemé de rencontres significatives et parfois déterminantes. Le récit se déroule en région giboyeuse et foisonnante sur les cours d’eau, en forêt et en montagnes. Devant la diversité de la flore et la faune, la chasse et la pêche sont devenus des activités prépondérantes. On aborde à la fois l’homme dans la nature et la nature de l’homme. L’intégrité de l’être n’est pas toujours au rendez-vous. Là aussi se joue le jeu du pouvoir. Si le guide de chasse gagne sa vie, le territoire ne sort pas gagnant de l’invasion massive des chasseurs à l’automne. Le chasseur guidé, les poches bourrées d’argent et la tête bourrée d’orgueil cherche la proie au gros panache comme un trophée à ajouter à son ego déjà bien panaché. Contrairement à l’auteur, je ne crois pas que les activités humaines sous toutes ses formes dans la nature assurent l’équilibre de la flore et la faune.

Il n’en reste pas moins que l’écrivain nous livre un récit frénétique et détaillé de la démarche des chasseurs, de leurs habiletés comme de leurs étourderies. L’art de tuer, l’agonie de l’animal, la dissection des cadavres donnent parfois le tournis. Heureusement que le texte est ponctué de réflexions permettant d’éliminer le sang qui risque de noyer la pupille du lecteur.

Pierre D’Amours atteint le paroxysme de son art d’écrivain – conteur lorsqu’il s’aventure en solitaire dans la nature. On retrouve alors le poète authentique, le penseur communiquant. C’est dans sa vie de trappeur que son talent et son orientation se dégagent avec le plus de profondeur. Il réconcilie le corps instinctif à l’esprit intuitif pour atteindre une meilleure compréhension de son univers. Il écrit vouloir « répondre à la pulsion primitive qui consiste à ingurgiter une tranche de vie sauvage, de retrouver la source première, de remplir le vide à l’intérieur de la boîte à liberté. » Il réussit à nous faire vibrer autant à la musique des étoiles qu’au chant plaintif d’un coyote blessé.

Pierre D’Amours devient son propre héros, non dans le sens narcissique du terme mais dans la fierté qui se dégage de ses actes et de ses convictions. Doté d’une formation de biologiste et de l’expérience de coureur des bois, il possède une connaissance impressionnante des êtres vivants dont il est un maître-passeur. Parfois aveuglé par sa passion, il tend à justifier ses gestes par des prises de position que je suis loin de partager. Par exemple, comparer la sensibilité d’une fraise à celle de l’orignal me laisse perplexe. Ses distinctions entre l’homme d’action et la femme passive relèvent de préjugés qui justifient l’injustifiable au même titre que ses arguments pour le droit de chasse et de pêche sur le territoire. À mon tour d’assumer et comme dit l’écrivain, aussi bien se chicaner avec ceux qu’on aime.

« Je lis la forêt comme on lit le journal » dit-il. Et moi, je lis L’œil du prédateur comme des nouvelles de la grandeur de notre territoire, de sa richesse et de sa diversité. Je lis Pierre D’Amours comme un journal à la mesure de l’humain. Si j’étais trappeur, c’est la présence d’esprit, le goût du débat et le grand cœur généreux de Pierre que je prendrais dans mes pièges. Lire L’œil du prédateur, c’est s’aventurer dans la profondeur de la nature et de la nature humaine. Tout un périple !

Lettre vagabonde – 2 novembre 2016

Un roman et son déclencheur : les expulsés du territoire de Forillon. Le récit qui s’ensuit se prête à une toute autre dynamique. Bercer le loup relate notre rapport à la Terre par l’entremise de personnages attachants et complexes. L’impact du lieu où l’on vit, de son influence sur nos valeurs et notre vision du monde sont des incontournables chez Rachel Leclerc.

Il existe un lien évident entre la connaissance des gens et la fréquentation de leur territoire.
L’auteur nous convie au bout du monde où se joue un drame pour des centaines de familles : l’expulsion de leur village que le gouvernement fédéral transformera en parc national. Nous suivons une famille en particulier, celle de Louis et Michelle. Louis léguera à ses enfants et petits-enfants sa haine et son ressentiment en même temps que « la poésie des nuages plutôt que l’odeur et l’argent ».

Le récit raconte la vie de Louis et Michelle, leur fille Marina et leur petite-fille Janice. Janice assure la vengeance de son grand-père. Elle en fait sa mission d’adolescente. Bon nombre d’œuvres de l’écrivaine ne laissent pas les morts ensevelis ni leurs souvenirs s’éteindre. Les grandes blessures se transmettent par l’inconscient affirme l’auteure. Les morts sont des émetteurs complices des vivants. Bercer le loup est un roman tout en rebondissements, en exploration profonde du territoire gaspésien. L’auteure possède la faculté d’asseoir les morts et les vivants à la même table, de les lancer dans la même aventure. Elle nous livre l’histoire en un style cohérent et admirable. Rachel Leclerc est une poète qui écrit des romans. Ses phrases ont la force des grandes marées et la douceur d’un coucher de soleil sur la baie des Chaleurs. Sur fond de recherche d’identité, du rêve d’un chez-soi, Bercer le loup démontre que le passé sert de tremplin où plonger dans l’avenir. Un roman qui peint le vrai au tableau de l’imaginaire. La romancière écrit « La terre n’appartient à personne en réalité, elle obéit à la loi du plus fort. » L’écrivaine entreprend la traversée d’une identité, d’une culture et d’un attachement à leur pays de mer et montagne par une population de résistants. Pas étonnant donc que chacun d’entre nous cherchons à conserver et protéger ce territoire que l’on porte à l’intérieur et qui nous maintient vivant.

Rachel Leclerc possède ce talent de pouvoir sonder un territoire, de s’y laisser absorber comme s’il était le sien. Elle réussit ce que Marguerite Yourcenar souhaitait à tout romancier. « Bien voir un pays c’est essayer de le connaître et jusqu’à un certain point de le faire sien dans son présent et son passé, tâcher de voir enfin ce qu’il signifie pour ceux qui y vivent. Bien peu de gens s’appliquent à tout cela. »

Lettre vagabonde – 13 juin 2016

Par les temps qui courent, le Grand Nord et l’autre juste en dessous sont convoités par des compagnies, des économistes et des politiciens. Leur engouement ressemble à celui des enfants convaincus que là-bas vit le Père Noël qui dispose d’une réserve de trésors inépuisables. Les trésors recherchés se cachent sous des milliers de kilomètres de forêts, sous des montagnes de roches ou des masses de glaces comme à l’intérieur des sables bitumineux. Le pétrole, l’or et les diamants s’extraient en creusant des cratères géants et laissant derrière des paysages lunaires.

L’exploitation des ressources de la planète a pris des proportions alarmantes et catastrophiques. Des machines monstres défrichent le nord, le décapitent, creusent ses entrailles et prennent, prennent et prennent encore jusqu’à épuisement de la planète même. Les habitants perdent leurs territoires et leur dignité. Les travailleurs en exil pour la plupart travaillent et vivent sous l’égide et les lois de la Compagnie.

Le dernier roman de Nancy Huston Le club des miracles relatifs se déroule au cœur d’un territoire soi-disant imaginaire exploité à outrance. L’auteure dénonce le pouvoir abusif et tentaculaire et la dégradation de l’environnement naturel. Forêts saccagées, lacs, rivières et mer contaminés, paysages dévastés à coups de machineries et de machinations pernicieuses, deviennent monnaie courante.

Suivons un personnage de Nancy Huston, Varian, un garçon surdoué, vulnérable et peu viril qui part travailler à Terrebrute comme infirmier. Le territoire est lacéré par l’extraction féroce de pétrole par des compagnies sans scrupules. Varian travaille avec Luka au centre de maintenance respiratoire sur le site pétrolier. Luka et sa sœur Leysa sont également écologistes. Pour raviver l’esprit autant que le corps, les trois travailleurs décident de partager leur lecture avec les malades. Ils forment Le club des miracles relatifs. La pensée des grands écrivains russes, tels Marina Tsvetaïeva, Dostoïevski, Tchekhov et Tolstoï, remplace la propagande, l’inertie, les jeux vidéo et autres divertissements auxquels sont soumis les cerveaux engourdis. Il n’en fallait pas plus pour que la Compagnie accuse Varian d’espionnage et de trahison. L’enfer qui a embrasé le territoire s’attaque à Varian sous forme d’emprisonnement et de torture. L’univers que peint Nancy Huston nous paraît inconcevable mais il existe déjà dit l’auteure.

Nancy Huston rejoint les écrivains dissidents qui dénoncent l’exploitation à outrance des régions du globe où l’on saccage la nature détruisant l’habitat et menaçant la survie des plantes et des animaux. Des populations entières subissent l’annihilation de leur saine existence. La terre n’est ni un grand magasin où nous pouvons piller impunément ni une boutique de souvenirs où tout se vend.

Des écrivains dissidents, à travers romans, essais et récits nous confrontent à une réalité dont on nous détourne trop souvent. Il en a coulé de l’encre depuis l’un des premiers grands pionniers de l’environnement, John Muir. Au XIXe siècle, il écrivait : « Personne, vu la rapidité avec laquelle notre époque avance, ne peut dire à quel point notre planète sera finalement soumise à la volonté de l’homme. » Le naturaliste Barry Lopez penche dans le même sens en affirmant que le pouvoir de l’homme à détruire la nature mène aussi à la destruction d’une existence adéquate pour l’être humain. Yann Martel accuse les grandes entreprises de viser l’accumulation des richesses et non la circulation des richesses.

Kathleen Winter dans Nord infini sillonne les mers du Nord à bord d’un bateau russe. Elle constate les effets néfastes des changements climatiques sur la population inuite, sur l’environnement et tous les êtres vivants de l’Arctique. Les industriels y convoitent les ressources prochainement accessibles grâce à la fonte des glaces. Dans son récit autobiographique, Sheila Watt-Cloutier lance un cri d’alarme. Avec The right to be cold, l’Inuite relate les bouleversements subis par son peuple en une seule génération, et la transformation du territoire, conséquences directes des politiques du gouvernement et des changements climatiques.

Ce ne sont pas les médias qui nous instruisent, ni les gouvernements qui nous informent et tout comme les compagnies, ils nous offrent leur part d’explications erronées. Ce sont des récits tels Le club des miracles relatifsNord infini et The right to be cold qui nous permettent de comprendre les enjeux d’une exploitation à outrance de la nature et de ses ressources. Les dissidents parmi les écrivains et les écologistes nous sont indispensables. Néanmoins si nous tenons à la survie d’une planète où il fait bon vivre, nous avons intérêt à nous inscrire au nombre des dissidents.

Mais à qui donc appartient la planète ? Comme disait Théodore Monod : « Nos politiques devraient davantage s’occuper du BNB (Bonheur national brut) plutôt que du PNB (Produit national brut). Ça sauverait peut-être du péril ceux qui ne sont pas encore nés. À François-René Chateaubriand le dernier mot : « Comment trouver place sur une terre agrandie par la puissance d’ubiquité, et rétrécie par les petites proportions d’un globe souillé partout ? Il ne resterait qu’à demander à la science le moyen de changer de planète. »

 

Lettre vagabonde – 7 mai 2016

           

Trente-cinq artistes se sont réunis autour du Symposium en arts visuels du Nord-Ouest à Grand-Sault. Un symposium proche de sa mission initiale qui est de réunir des spécialistes qui discourent dans leur domaine de prédilection. Puisque la plupart des exposants résidaient sur place, les opportunités d’échanges furent nombreuses et enrichissantes.

Les artistes peintres offrirent des ateliers sur place et dans des écoles de la région. Plusieurs ont parcouru la ville et les villages avoisinants pour y installer leur chevalet et manier leurs pinceaux. On aurait dit des alchimistes à l’œuvre en train de transformer une maison, une vieille grange, une camionnette ancienne ou un paysage en un baume pour l’âme. Ceux qui travaillaient à l’intérieur n’étaient pas en reste. Couleurs, formes, volumes, empâtements, reliefs, collage réinventaient le réel ou fabulaient sous l’œil du regardeur.

Peintres de l’abstrait ou du figuratif, portraitistes, peintres animaliers ou de nature morte, tous affichaient une panoplie impressionnante d’œuvres en acrylique, à l’eau ou à l’huile. Tant d’interprétations du monde dans trente-cinq paires d’yeux. J’ai constaté un motif de prédilection chez la plupart des artistes du figuratif : les arbres. On les dote de personnalité, de caractère. On en vient à prêter aux arbres les mêmes attributs qu’à l’artiste tant ils sont distinctifs.

J’ai consacré de longs moments à l’observation rigoureuse des œuvres d’une dizaines d’artistes. Je me suis prise au jeu de me laisser raconter des histoires. Je notais le tout. Chaque stand portait son propre récit, chargé d’émotions ou faisant preuve de retenue. Cette expérience se révéla significative. Les artistes peintres donnent à voir le monde, à le ressentir tout comme les poètes. Le recueil de poésie d’Hélène Harbec, Humaine vagabonde m’accompagnait depuis quelques jours. De la poésie en tableaux. Peindre ou écrire, c’est donner forme sous un éclairage propice, une expression personnelle, à une représentation fictive ou réelle du monde. Pinceau et stylo puisent aux mêmes sources. « Se plonger dans l’art, c’est vivre de multiples vies » écrit Yann Martel.

Peu importe que le paysage apparaisse au bout de la route ou dans les coulisses de la conscience, pourvu qu’il nous parle. Là réside la force de l’art sous toutes ses formes. Créer sur la toile ou sur la feuille de papier, arranger les couleurs ou rassembler les mots, pourvu que l’on exprime ce qui ne peut venir que de soi. J’ai réussi à jumeler des toiles à des poèmes d’Hélène Harbec. Les arts visuels et l’art poétique explorent les mêmes territoires et récoltent au même terreau.

Le symposium en arts visuels est une grande librairie comme Humaine vagabonde d’Hélène Harbec se veut une galerie de tableaux. L’artiste peintre et le poète dessinent d’étonnants sentiers qui mènent vers un entendement intuitif. Une réflexion de Marcel Proust résume bien le pouvoir de l’art. « La grandeur de l’art véritable, c’est de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d’épaisseur et d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. »

L’émerveillement peut surgir d’une main maniant le stylo, la spatule, le clavier, le crayon ou le pinceau. Cette main entraînera l’œil à voir autrement un paysage et prédisposera le cœur à apprécier différemment les choses banales du quotidien. Au fond, l’art nous apprend à se créer un monde meilleur.

Lettre vagabonde – 11 avril 2016

Yann Martel nous convie à suivre ses personnages excentriques dans une aventure inouïe. Par sa fiction teintée de clairvoyance et de perspicacité, il nous mène du côté du questionnement et de l’espérance. Ses personnages ont rendez-vous avec la vie et avec la mort. Ils nous entraînent dans une quête obstinée pour rallier les deux. Les Hautes Montagnes du Portugal est à la fois un roman d’amour, de foi et de confiance inconditionnelle.

Trois histoires se découpent puis se fusionnent à coups d’intrigues, de découvertes et de rebondissements. Le lecteur explore « l’odeur » du temps, les formes de l’espace et de la complexité de l’être humain. Tomás, Eusebio et Peter vivent respectivement au début, à la moitié et à la fin du XXe siècle. L’histoire de Tomás s’intitule « Sans-abri », celle d’Eusebio « Sur le chemin de la maison » et celle de Peter, « La maison ». Trois passages obligés pour atteindre toute destination ? Les récits s’imbriquent les uns dans les autres telles des poupées russes. L’expression récurrente « chez moi » est chargée de sens métaphysique.

Tomás entreprend un long voyage en voiture qui lui servira aussi d’abri, un abri qui se démantibulera en cours de route. Archiviste au Musée de Lisbonne, Tomás découvre dans un journal du XVe siècle, ayant appartenu à un missionnaire, l’esquisse d’une œuvre d’art. Il part à sa recherche dans Les Hautes Montagnes du Portugal. Il aboutira à une découverte renversante qui lui fera conclure, « Nous sommes tous des animaux apparus par pur hasard… nous sommes des singes qui se sont élevés et non pas des anges déchus.

Eusebio le pathologiste couve sa peine, suite à la mort de sa femme, en se jetant corps et âme dans son travail : dissection de cadavres. Il en conclut « que les corps se transforme en une maison habitée par les personnages, qui tous nient avoir quoi que ce soit à voir avec la mort, mais voilà qu’on trouve des indices dans chacune des pièces. » Eusebio tente de réconcilier foi et raison. Grand lecteur de romans d’Agatha Christie, il cherche à élucider nos énigmes. « Il faut faire la même chose de la mort dans nos vies : la résoudre, lui donner un sens, la mettre en contexte, aussi difficile que cela puisse être. »

Peter, le sénateur canadien, quitte Ottawa pour se réfugier dans Les Hautes Montagnes du Portugal. Par pur hasard, il se retrouvera à habiter la maison de ses ancêtres. Il s’installe avec Odo un grand singe acheté aux États-Unis lors de son exil. Peter consacre sa vie à la lecture, à la marche en pleine nature et aux rencontres avec les habitants du village. Odo, son fidèle compagnon, toujours à ses côtés.

Les trois hommes, suite à la perte d’êtres chers, dévient le parcours de leur vie. Ce sont leurs périples semés de rencontres et de mystères qui donnent le ton à ce roman plein d’imprévus, tout en paraboles et en profondeur. L’imagination et la réalité interagissent en une complicité pour nous entraîner dans une histoire aussi touchante que L’histoire de Pi et Béatrice et Virgile. » Tomás, Eusebio et Peter, trois hommes en quête de quelque chose qui ne meurt pas.

Les Hautes Montagnes du Portugal est un roman imprégné d’une atmosphère de coopération et de partage, loin de l’esprit compétitif prôné par la société. Yann Martel nous propose une philosophie souple du quotidien sous le couvert d’une histoire inouïe. Les propos de Gabrielle Roy reflètent à merveille l’intention du romancier. « Est créateur sans doute tout être qui aide, selon ses moyens, à laisser le visage de la terre un peu plus agréable à regarder à cause de lui. »

Les Hautes Montagnes du Portugal nous réconcilie avec la vie et son aboutissement. Ce qui compose notre vécu composera aussi notre mort selon Eusebio. Nous sommes des êtres de fiction avant tout. Au cours de l’existence, l’imagination nous rend généreux et plus compréhensif envers nos semblables. Elle nous offre quelque chose qui s’apparente à la continuité, « à la foi qui ne vieillit pas. » Grâce à l’imagination, la littérature nous aide à assumer le réel. Il a bien raison Yann Martel. « Si l’on meurt sans jamais évoqué un dieu, n’importe quel dieu, symbolisé au-dessus d’un autel ou exprimé par une œuvre d’art, alors vous risquez de perdre l’âme que vous avez reçue. » La grande littérature, celle de la trempe de Yann Martel, nous engage sur une voie d’espérance.

Lettre vagabonde – 9 mars 2016

     

Il est de ces livres qui provoquent des interrogations cruciales sur l’avenir de l’humanité. Ils englobent les aspects fondamentaux de la vie à tous les temps et à tous les niveaux. Ils bouleversent nos croyances et démolissent les certitudes. Sapiens Une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari est de cette trempe. Ce brillant essai vient corroborer les recherches et ajouter sa lumière aux œuvres de Jean Claude Ameisen, Wade Davis, Daniel Cohen et David Le Breton

Jean Claude Ameisen m’a ouvert grande la porte des connaissances menant à la naissance et à la transformation des êtres vivants sur la planète. Yuval Noah Harari m’entraîne à l’intérieur où se réunissent les révolutions cognitive, agricole et scientifique afin de mieux cerner ce que nous sommes devenus et ce que nous risquons de devenir nous les Sapiens. Tout un choc de réaliser comment nous avons réussi à dominer et à transformer la planète.

Sapiens Une brève histoire de l’humanité s’avère un essai majeur qui raconte comment les trois révolutions ont affecté les êtres humains et les organismes qui les accompagnent. Une première révélation incontestable de Yuval Noah Harari « Homo sapiens appartient aussi à une famille (comme toutes les espèces animales.) Un fait banal, qui a été l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire. » « Il y a six millions d’années, une même femelle eut deux filles : l’une qui est l’ancêtre de tous les chimpanzés ; l’autre qui est notre grand-mère. » L’essai de Yuval Noah Harari est audacieux, provocateur et passionnant. Sa traduction en trente langues ne m’étonne pas. Dans un langage limpide et précis, l’auteur nous projette sur une trajectoire de millions d’années. Il nous bouscule dans le passé et nous catapulte dans l’avenir. Professeur d’histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem, Yuval Noah Harari, à travers l’Histoire et la Science remet en cause « nos pensées, nos actes, notre héritage… et notre futur. »

Le langage, pilier de la révolution cognitive ne nous distingue aucunement des autres espèces animales car chacune possède son propre mode de communication. Ce qui nous distingue, c’est l’usage que nous en faisons. Nous l’utilisons pour bavarder et parler de choses qui n’existent pas. Notre imagination a inventé des dieux, des lois, des mythes. Nous transmettons de l’information sur eux comme s’ils étaient réels. « Cette faculté de parler de fiction est le trait le plus singulier du langage du Sapiens » assure Yuval Noah Harari. Grâce aux réalités imaginaires, aux fictions qui nous lient, nous sommes devenus la plus puissante de toutes les espèces vivantes. Nous voilà les maîtres absolus de la création.

La révolution agricole amena le sédentarisme, la dépendance et la perte de connaissances et de dextérité du corps. L’Homo sapiens perdit la maîtrise du monde environnant, de son corps et de ses sens. La société agricole est à la merci des catastrophes naturelles, des maladies infectieuses et des profiteurs redoutables que sont les souverains et les élites. Ces derniers prennent le contrôle des populations concentrées dans les villages et les villes très peuplés. Yuval Noah Harari affirme que « la Révolution agricole fut la plus grande escroquerie de l’histoire. » Elle devint asservie à la pomme de terre, au blé et au riz. Notre mode de vie se transforma entièrement. Les animaux furent réduits à l’esclavage et les gens forcés de se conformer à l’ordre imaginaire.

La révolution industrielle amena le capitalisme, l’argent et le consumérisme. Ces bouleversements entraîneront l’homme à plus de contrôle et à plus de violence réduisant la femme à la soumission à coups de mythes et de fictions. Harari dit que la plus grande révolution pour améliorer la vie humaine fut la révolution féministe qui nous a débarrassés de bien des tabous et mythes.

La révolution scientifique institua à son tour une autre forme de pouvoir, le pouvoir sur la durée et la mutation de la vie des êtres vivants. Les laboratoires financés par les armées, les multinationales et les gouvernements débordent de recherches de plus en plus sophistiquées. Des modifications génétiques mettent en doute notre existence en tant qu’Homo Sapiens. Yuval Noah Harari écrit : « Le Human Brain Project lancé en 2005 espère créer un cerveau humain complet dans un ordinateur, avec des circuits électroniques imités des réseaux neuronaux du cerveau.» Il ajoute : « Nos ordinateurs ont du mal à comprendre comment Homo sapiens parle, sent et rêve. Aussi apprenons-nous à Homo sapiens à parler, sentir et rêver dans le langage des chiffres, que comprend l’ordinateur. » Grâce aux modifications génétiques, les technologies futures réussiront à changer l’Homo sapiens lui-même au niveau de nos émotions et de nos désirs. Nous sommes déjà des « cyborgs », des êtres qui mêlent des parties organiques et inorganiques. On pense aux implants cochléaires, aux genoux artificiels, aux bras bioniques… On pense aux sportifs sous stéroïdes, aux femmes liftées et au clonage de milliardaires texans également. La plupart des gens préfèrent ne pas penser à la transformation du sapiens en une espèce différente. On explore de plus en plus en laboratoire « le corps augmenté » « le développement humain artificiel » et « les puces au cerveau ».

Yuval Noah Harari reconnaît les progrès de la science et ne met aucunement en doute les bienfaits dont profitent les êtres humains. Mais comme David Le Breton, il s’inquiète de l’humanisation de la machine et de la mécanisation de l’humain. « Dans un monde où l’insignifiance de l’homme ne cesse de croître, la dignité et l’importance des machines prend une dimension grandissante. » écrit David Le Breton dans L’adieu au corps. Il conclut « Le monde lui-même est devenu un univers de science-fiction. Yuval Noah Harari condamne la cruauté odieuse envers les animaux dans les élevages industriels et les abattoirs. Il nous exhorte à envisager notre avenir. Il parle de bonheur, de coopération et de relations humaines. Ce grand chercheur nous confronte à une question dominante : « Que voulez-vous devenir ? » Il en rajoute une deuxième primordiale celle-là : « Que voulons-nous vouloir ? » « Si cette question ne vous donne pas le frisson, c’est probablement que vous n’avez pas assez réfléchi » écrit l’auteur. Un grand explorateur du désert, Théodore Monod a dit un jour : « Nos politiques devraient davantage s’occupé du BNB (Bonheur National Brut) plutôt que du PNB (Produit National Brut). Tout dépend de ce que nous voulons devenir et de ce que nous voulons vouloir. « À force de s’habituer à l’inhabituel, nous finissons par accepter l’inacceptable. » Qu’en pensez-vous ?

 

Lettre vagabonde – 8 février 2016

Le carnet est un genre littéraire peu publié et rare en librairie. Le Camp littéraire Félix a voulu palier à l’évidente carence en ce domaine. Un atelier fut offert aux écrivains sous l’animation de Robert Lalonde. Il en résulta des Carnets d’écrivains. Lévesque éditeur se porta garant de la publication.

Qu’est-ce donc qu’un carnet littéraire? Voici les propos de Robert Lalonde, directeur de la collection. « C’est peut-être avant tout une sorte de repos de l’écriture de fiction. Le carnet commence en effet souvent au moment où l’écrivain lève la tête de son manuscrit rebelle et se met à considérer ce qui l’entoure. Alors surgit, depuis toujours ajourné, le vieux rêve d’une autre approche, débarrassée du devoir de sens et de logique romanesque, le besoin d’un langage neuf, vagabond, exploratoire, libre. »

Je manifeste un intérêt soutenu pour la correspondance, l’autobiographie, le journal intime et les carnets littéraires. Le carnet privilégie cette particularité de nous introduire à l’improviste dans l’atelier de l’écrivain, d’observer par-dessus son épaule le déroulement imprévisible du quotidien. L’échange est spontané. L’auteur de carnets nourrit le lecteur de mets faits maison sans recette à l’appui. Il nous donne à aspirer le monde à coup de souffles brefs, à ressentir des parcelles de vécu dans l’abandon de l’espace et de la durée. Des nouvelles en direct exemptes de sensationnel, d’intrigue et de dénouement. Il accorde une présence à l’immédiat, aux instants dérobés aux contraintes d’un style plus ambitieux, plus ouvré. Le carnet permet de se rapprocher de l’auteur, de l’accompagner sur un chemin sans balises. J’y retrouve une espèce d’écriture primitive que Diane Boivin définit ainsi : « Don de soi instantané, état ultime de la main d’écriture, paysage n’ayant recours à aucun architecte. » Le carnet comble mon besoin d’établir un lien avec un écrivain chevronné.

Au premier volume de Carnets d’écrivains, un collectif intitulé Comme une seule voix, Francine Chicoine écrit : « J’écris au fur et à mesure du passage des événements, juste là, dans la béance du sillon chaud. » Les écrivains de carnet ne craignent point de partager leurs doutes, cette part fragile et vulnérable de l’intime. Ils laissent parler ce qui d’habitude se tait.

La même collection offre Petites leçons d’orientation apprises dans le désordre de Marie Clark. « M’exercer à voir. Je ne peux rien faire d’autre, capter le bref. Coucher son empreinte sur ma rétine. Puis sur ma feuille » écrit l’auteure. Son carnet est parsemé de superbes haïkus. Yvon Paré, dans L’enfant qui ne voulait pas dormir laisse couler les mots comme l’eau du ruisseau. Il avoue « « J’ai noirci une centaine de carnets, les ai remplis d’esquisses de romans, de dérapages poétiques, d’embryons de chroniques, de réactions aux événements… » Il aborde tout sujet avec une familiarité désarmante.

La plus récente publication de Carnets d’écrivains est de Marc-Antoine Cyr qui « rêve d’être en présence, en amour, en réflexion, en récit, en histoire, en paroles, en liberté, en action, en joie. »  Malgré les exils multiples présente des multiples facettes de l’auteur. C’est mon coup de cœur de la collection. Ma copie est annotée, surlignée comme si nous entretenions une conversation animée lui et moi.

Sa relation affective avec la mer alimente ses rêves de voyage et de liberté. De la Gaspésie à Beyrouth, une grande marée de sincérité, de spontanéité, de fraîcheur et de sensibilité atteint le rivage du cœur. Son maniement de l’allégorie le rapproche du Nobel suédois, Tomas Tranströmer. Marc-Antoine Cyr écrit : « C’est à cela que j’aspire. Apprendre à pleurer de joie, pour un oui et pas pour un non, atteindre cet état d’invisible, de regardant. » Ce regardant m’exhorte à l’imiter, à m’approprier du regard un territoire et le retranscrire pour en saisir le pouls. «  Ma place est d’errer, de regarder, de t’écrire » avoue le regardeur animé d’une curiosité ardente sans équivoque.

Joël Vernet a intitulé ses carnets Le regard du cœur ouvert. Un titre très approprié à ce genre littéraire. Et si, sans prétention aucune, on se mettait à l’écriture de carnet, histoire d’affermir son regard et d’en consigner nos étonnantes découvertes. Marc-Antoine Cyr a raison d’affirmer : « Plus les yeux sont rivés sur le dehors et plus c’est au-dedans que l’on voit. » Grâce aux carnets d’écrivains, le lecteur explore un éventail infini de réflexions qu’offre un seul jour ordinaire. Le regard en ressort plus intuitif et plus sensible.

Lettre vagabonde – 2 janvier 2016

Élise Turcotte possède le don de rendre nos certitudes inconfortables, de secouer la conscience assoupie. Le parfum de la tubéreuse est un roman qui provoque de ces remous. Il n’y a rien de limpide ni de reposant dans cette fable poétique, ce conte teinté de mythes. Élise Turcotte affirmait dans une entrevue : « Il faut arrêter de penser que les livres n’existent que pour plaire aux gens. » Le parfum de la tubéreuse y arrivera sans pour autant laisser le lecteur indemne et la pensée au repos. Le roman se veut le tissage d’une mosaïque composée de résistance, d’interrogations et de bouleversements.

Le récit ébranle la réalité et l’imaginaire en fusion. L’histoire se déroule autour de la narratrice Irène, de retour à l’enseignement après une longue maladie. Elle sera confrontée aux manifestations lors du Printemps érable, aux idées conservatrices et dominatrices de l’autorité. Irène entreprend d’enseigner les auteurs hors programme. Son livre fétiche : Dialogues en paradis de Can Xue. Irène résiste aux politiques absurdes et au conformisme autant des gouvernements et des institutions que de ses collègues au collège.

Le roman est une histoire d’amour, de résistance et d’émancipation imprégnée profondément de la beauté et du style particulier de l’écrivaine. Un vibrant éloge de la littérature, celle qui oriente hors des sentiers battus, hors les lois. Irène lutte pour transformer le collège en lieu de questionnements, de recherches et d’émancipation de la pensée. L’imagination doit accompagner, alimenter et supporter le désir de savoir. C’est tout un défi qu’affronte Élise Turcotte dans Le parfum de la tubéreuse : transformer un établissement qui adapte des cerveaux à la chaîne de production du marché en un lieu où les mots nous apprendront à habiter un monde en dehors de ses dogmes et de ses dictats. Un lieu où lire donne de l’expansion à son expérience personnelle, met en déroute nos certitudes et donne vie à une autre part de nous-même.

Dans son récent essai intitulé De la curiosité Alberto Manguel nous convie à suivre Dante en enfer, au purgatoire et enfin au paradis. Élise Turcotte, sillonne des sentiers similaires en séjournant au purgatoire avant d’atteindre à son tour le paradis. À la mort d’Irène, nous nous retrouvons au purgatoire où se poursuivra l’enseignement de la lecture et de l’écriture. À tous, la pensée comme guide, les mots comme bagage,. Les personnages de Dante comme ceux d’Élise cherchent à se libérer par les mots. Alberto Manguel adhère au défi que s’est fixé Élise Turcotte  quand il écrit : « Il faut que les enfants aient la possibilité d’imaginer sans contrainte avant de pouvoir réaliser quoique ce soit de réellement valable. »

Le parfum de la tubéreuse est un appel à la résistance, au refus de sombrer dans un ghetto de la pensée unique. C’est un cri de ralliement contre l’oppression de la pensée au sein d’une société. Et la pensée a besoin des mots pour s’exprimer. Élise Turcotte en confirme la force : « Et puis le mot tubéreuse a poussé dans la tête de tous mes élèves, et nous avons dérivé vers la forêt de l’amour, du danger et du rêve. » C’est aussi cela lire : partir à la dérive sur une mer d’incertitudes et tenter d’interpréter le monde à la lumière de nos découvertes. Tout comme le personnage d’Irène arrive à s’ancrer grâce au livre Dialogues en paradis de Can Xue, il est bon de jeter l’ancre du regard dans Le parfum de la tubéreuse.

Un livre est un objet assuré d’une longue vie, voire d’immortalité tant qu’il y aura un seul lecteur pour s’aventurer entre ses pages. Son âge ne modifie en rien sa substance ni la force de son contenu. Chaque livre en contient des centaines d’autres. Le parfum de la tubéreuse naquit d’une plongée dans Dialogues en paradisde Can Xue. Il possède des fragments de La Divine comédie de Dante, de 1984 de George Orwell et de combien d’autres qui ont éclairé l’écrivaine au cours de ses lectures. Il en est de  même pour chaque lecteur et lectrice. Que de provisions nous amassons en un seul livre, surtout, que de rencontres inoubliables et providentielles. La lecture, à mettre au menu du jour, absolument.