Un rendez-vous manqué et des retrouvailles

Lettre vagabonde – 19 mars 2008

 

Cher Urgel,

Il est dans mes habitudes de lire ou relire des œuvres d’un écrivain en tournée dans ma région. Sonia Sarfati arrivait dans quinze jours. J’avais lu déjà Comme une peau de chagrin. J’ouvre le roman, histoire d’y jeter un coup d’œil. À peine avais-je lu Le cœur est une drôle de machine. Boum-boum, boum-boum, boum-boum… que mon cœur commença de battre. Lire est une mystérieuse passion car elle ne sollicite en général aucun sens mais excite l’imaginaire. Et de l’imagination débordante, Sonia Sarfati en possède en abondance. J’ai lu Comme une peau de chagrin avec affiché au front « Ne me dérangez pas. » L’appétit vient en mangeant? En lisant aussi. Le roman sitôt terminé, j’attrape Le Pari d’Agathe. Quand tombe le mot fin, la nuit est tombée depuis des heures. La Grande Ourse plane au coin de la fenêtre! La lune est déjà montée au chapiteau. De grosses boules d’émotions ont roulé avec la force du tonnerre. Des souvenirs sont remontés. Un des personnages ressemblaient drôlement à une personne que je connais bien. Je suis allée dormir en me promettant d’inscrire la lecture à ma définition de tâches le lendemain. Il me restait quelques romans de Sonia Sarfati à découvrir. Au déjeuner, j’attrape mon bol de fruits, un café et Daniel et les Superdogs. La magie de la veille ne s’est pas effilochée. Le menu est corsé car je réalise une heure plus tard que je suis toujours à la table. Refermer le livre a exigé un gros effort.

Sonia Sarfati est une romancière de grand cru. Ses lecteurs l’aiment et redemandent ses histoires palpitantes. Je suis convaincue que peu d’adultes ont eu la chance de découvrir les romans de Sonia Sarfati. Comme on dit communément dans le monde littéraire, Sonia Sarfati fait de la littérature jeunesse. Elle s’adresse à un jeune public. Mais la littérature jeunesse n’est pas interdite aux adultes à ce que je sache. Nous aurions avantage, nous les grandes personnes, à explorer plus souvent du côté des livres pour jeunes.

J’ai eu la chance inouïe comme enseignante de plonger dans une littérature digne du contenu des coffres aux trésors les mieux garnis. Les écrivains canadiens francophones n’ont rien à envier à ceux de l’extérieur du pays. Une littérature de grande qualité pointe à travers des maisons d’éditions qui ont fait leur preuve : Québec Amérique, la courte échelle, Bouton d’Or d’Acadie, HMH et bien d’autres ont su offrir des œuvres de qualité. J’ai lu et relu avec avidité les romans de Sonia Sarfati.

Je continue à lire les nouveaux romans jeunesse. Il m’arrive bien sûr d’apprécier plus ou moins une œuvre, mais la littérature pour adultes ne me donne pas toujours entière satisfaction non plus. Un bon livre demeure un bon livre, peu importe l’âge du lecteur. Des jeunes de onze douze ans m’ont conseillé des romans jeunesse. J’ai trouvé bons ce qu’ils trouvaient bons. Des jeunes du même âge ont emprunté de mes livres et les ont aimés. Il n’y a pas d’âge pour lire un livre. Chacun en retirera ce qu’il est prêt à recevoir. De là ma méfiance face aux bienveillants censeurs. Quand je pense au sort réservé à Annie a deux mamans de Denise Paquette. Un livre à lire par tout bon lecteur et pourtant banni des écoles. Le livre jeunesse est effectivement un livre qui s’adresse à un vaste public.

Je suis tentée de publiciser la littérature jeunesse auprès de la population vieillissante dont je fais partie. On nous vend à tour de bras des produits esthétiques pour rester jeune. Les marques de commerce s’arrachent les rides du visage, les cheveux grisonnants et les têtes chauves. Les produits pharmaceutiques combattent nos insomnies, s’attaquent à la fatigue et endorment souvent la conscience en même temps que le mal. Je voudrais exécuter une ordonnance, non pour guérir d’un mal quelconque mais pour stimuler cette dimension de nous qui anime toutes les autres : l’imagination. Je prescris donc la lecture de romans jeunesse à quiconque cherche à rester jeune. Allons-y, l’immodération a bien meilleur goût.

La veille de l’arrivée de Sonia Sarfati dans la Baie-des-Chaleurs, le téléphone sonne. Mauvaise nouvelle. Tandis qu’elle devait déjà être dans le train, j’entends la voix de l’auteure au bout du fil. Elle est à Montréal. Sonia Sarfati a annulé ses rendez-vous. Un déraillement bloque la voie et les passagers doivent voyager en train puis en autobus, durant la nuit de surcroît. Grande déception chez les élèves fin prêts pour la rencontre. Déception également chez les collégiens et les adultes. Sonia Sarfati ne sera pas au rendez-vous. Mais l’écrivaine, elle, est revenue parmi nous. Ses livres, de belles retrouvailles! Son écriture non seulement l’avait précédée mais demeurera avec nous.

Je te laisse, une amie vient de me prêter Mon petit diable de Sonia Sarfati. Un vrai bijou, il paraît.  Et comme dirait Danièle Sallenave : « Le livre ne remplace rien mais rien ne remplace un livre. »

Amitiés,

Alvina

 

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